Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux, Louanges à Allah.

 

Le bon conseil

 

Abu Ruqayya Tamim b. Aws al Dari rapporte cette parole du prophète :

« La religion consiste en un bon conseil (nasiha), « Relatif à qui ? », lui demandâmes-nous.
–Relatif à Dieu, à son Livre, à son Envoyé et aux musulmans, dirigeants et sujets. »
Ce Hadith est rapporté par Mouslim

Il était chrétien avant sa conversion à l’Islam, en l’an 9 de l’Hégire. Il habita à Médine avant d’aller s’installer, après l’assassinat de ‘Othman ibn ‘Affân, à Jérusalem où il mourut en l’an 40 de l’Hégire. Il veillait beaucoup la nuit en prière.

Les livres de Hadîth mentionnent 18 Hadith dont il fut le narrateur.

Abû Na’îm a dit de lui : « Tamîm Ad-Darî etait le plus ascète parmi les gens de son époque, et le plus dévot parmi les gens de Palestine. Il fut le premier à introduire les lampes à huile dans les mosquées et le premier raconteur (public) sous le califat d’Omar - رضي الله عنه - avec la permission de ce dernier » .

Ce Hadith est un principe absolu de l’islam comme nous allons le voir et c’est le septième Hadith du recueil de l’Imâm Al-Nawawi.

 

Explications du terme "nasiha"

 

Le mot « nasiha » nécessite quelques éclaircissements, car il ne peut se traduire par un seul mot, c’est en tout cas ce qu’en dit Ibn Al Athir. (Comme le terme « falah » signifiant à la fois salut et réussite). Si ce terme comprend plusieurs notions, il faut souligner que ce mot exprime avant tout la volonté de faire du bien à celui que l’on va conseiller.
On doit donc insister premièrement sur le fait que le but du conseiller est de vouloir le bien d’autrui. Ce qui correspond parfaitement à la conception de l'islam et de la fraternité islamique. La tâche des prophètes a toujours été d’êtres des bons conseillers en transmettant le message de Dieu et nous devons les prendre en exemple. Nasihoun signifie en arabe un conseiller sincère, loyal, désintéressé. Et les prophètes ne désiraient que le bien de ceux qu’ils conseillaient et n’agissaient que pour la Face de Dieu. Ils n’exigeaient ni remerciement, ni récompense :
Tel le prophète Noé, sur lui la paix, qui dit à son peuple :

« Je vous communique les messages de mon Seigneur, et je vous donne un conseil sincère, et je sais d'Allah ce que vous ne savez pas. »

Le prophète Hud, sur lui la paix :

« Je vous communique les messages de mon Seigneur, et je suis pour vous un conseiller digne de confiance ».

Et le prophète Salih, sur lui la paix :

« Alors il se détourna d'eux et dit : "Ô mon peuple, je vous avais communiqué le message de mon Seigneur et je vous avais conseillé sincèrement. Mais vous n'aimez pas les conseillers sincères ! ” »

Sourate Al Araf , versets 62, 68 et 79

Le prophète Mouhammad a lui aussi encouragé les compagnons à se conseiller les uns les autres sincèrement en insistant sur l'amour que le croyant doit désirer pour son prochain,  car ce sera alors un bienfait pour la société islamique comme le prouve ce Hadith bien connu :

« Vous ne serez de bons musulmans que lorsque vous désirerez pour les autres ce que vous désirez pour vous-mêmes. »

Il est naturel de s’intéresser à ceux qu’on aime et de désirer leur bien, c’est le sens du mot dans ce verset  « wa innâ lahu la-nâSiHûn ». En français, « Nous sommes cependant bien intentionnés à son égard. » Yusuf (12), verse 11.  

D'un côté donc le mot "nasiha" veut dire dévouement et sincérité. En effet, le mot «  nasiha » viendrait d’une part de l’expression «traiter le miel» (nasaha al ‘asal). La parole débarrassée de toute duplicité serait ainsi comparée au miel purifié de tout ce qui aurait pu s’y mélanger.  Mais le terme « nasiha » viendrait d’autre part d’une expression qui signifie en français « rapiécer un habit » (nasaha al rujul thawbahu). En effet, on compare celui qui donne un bon conseil à celui qui recoud un habit décousu. L'idée d'arranger ce qui ne va pas.

Dans ce Hadith, on peut traduire le mot arabe « nasiha » en français par « conseil sincère » ou « bon conseil ». Certaines traductions utilisent encore « bon conseil et loyauté » ou uniquement le terme « sincérité » ou le mot « loyauté ».

 

Explications

 

La religion consiste en un bon conseil (addinoun nasiha) signifie que le pilier de la religion c'est le « bon » conseil tout comme le prophète a également dit :

"Le Hajj consiste en Arafat", autrement dit la halte que doivent observer les pèlerins au neuvième jour au mont Arafat est son pilier, sa presque totalité.

Pour le reste du Hadith, les savants en général ont dit :

Le « bon » conseil relatif à Dieu se rapporte au fait d’avoir la foi en un seul Dieu, Parfait et Exalté, de Lui obéir, de L’aimer, de lutter pour Lui, de Le remercier pour Ses bienfaits, de faire la da’wa de Ses principes et d’être aimable envers tous les hommes dans la mesure du possible.
Ici, il n’est bien évidemment pas question de donner des bons conseils à Dieu, mais de se conseiller soi-même ainsi que ceux qui nous entourent, etc…Dieu à Lui la Gloire et les Louanges se passe largement de tout conseil.

Le « bon » conseil sur le Livre de Dieu porte sur le fait de croire que c’est l’œuvre de Dieu seul, de lui octroyer une place éminente, de le lire avec exactitude et humilité, notamment en prononçant correctement chaque lettre pour ne pas en changer le sens et donc lutter contre ceux qui en déforment la  signification. C’est aussi croire à tout le Qur'âne (sans avoir l’esprit de controverse), le comprendre, en tirer des leçons, s’appuyer sur les versets sans équivoques (umm ul kitab par opposition aux mutachabihat), ne pas en faire des explications personnelles(*) et de connaître les versets abrogés et ceux qui abrogent…

Le « bon » conseil relatif au Prophète consiste à croire en Lui et à tout ce qu’il a apporté (Qur'âne), de lui obéir, de le défendre, de faire revivre sa sunna en propageant son message (da’wa), d’en démentir les incertitudes, en l’étudiant, en en parlant avec érudition, de le révérer, de régler sa morale et ses comportements sur son exemple, d’aimer sa famille et ses compagnons et tout ceux qui l'ont suivi et le suivront dans ses bons comportements…

Le « bon » conseil aux Imâms qui désignent en fait les dirigeants musulmans est de les aider à faire triompher la vérité, d’obéir à leurs ordres quand ils s’y attachent, de leur montrer leurs erreurs avec tact, de leur faire savoir ce qui a pu leur échapper. Prodiguer des conseils aux dirigeants même avec tact peut être un acte de courage comme le constatèrent Hassan Al Basri, Nawawi, Ibn Taymiya qui mourra en prison à Damas pour cette attitude. Il faut éviter de s’insurger contre les dirigeants, car il faut maintenir la cohésion de la communauté à tout prix, ce qui n’empêche pas le fait que l’on puisse leur faire des reproches.  Enfin, il ne faut pas les laisser s'abuser par les louanges mensongères qu'on leur prodigue.

Le « bon » conseil aux musulmans (autre que les dirigeants) est de donner à ceux qui parmi eux sont dans le besoin, de cacher leurs péchés et leurs fautes, et de leur apporter ce qui leur sera bénéfique, de respecter les jeûnes et les vieux, de ne pas agir en trompant autrui. Bref d’aimer pour eux ce qu’on aimerait pour soi-même. De les guider vers ce qui est meilleur, de les aider dans leurs affaires et leur religion, par les mots et les actes, de leur ordonner le bien et de leur interdire le mal, avec douceur, sincérité, et compassion. Umm al Darda a d’ailleurs rapporté du prophète que celui qui conseille son frère en secret l’honore et celui qui le fait en public le déshonore.

On constate que Nawawi emploie trois fois le terme « da’wa » dans l’explication de ce Hadith, il y attachait une grande importance, d’ailleurs il fut surnommé entre autre, l’appeleur à Dieu. Une des caractéristiques de cette Oumma - communauté, c’est en effet la da’wah - prédication, elle ne reste donc pas repliée sur elle-même, monopolisant la vérité, le bien et la guidance. Mais, elle fait en sorte de les propager.

On constate donc que la « nasiha » (l'insistance sur le fait de porter le bon conseil pour ces cinq choses qui sont la religion même du musulman et respecter tout cela) est un moyen de préserver la religion.

Attention tout de même à ne pas exagérer et à respecter certains points. L'éxagération n'apporte rien de bon, les kharadjites qui sont un symbole de l'éxagération se nommaient les ahl al da'wah. Il faut avouer que faire exploser ses frères pour leurs fautes, ou leur faire sentir qu'ils sont des moins que rien, les insulter ou les boycotter, est une méthodologie vouée à l'échec. D'abord elle ne suit pas la sunna du prophète bien qu'elle prétend la défendre. Il serait utile de s’interroger sur la manière de donner la « nasiha » savoir comment être un bon conseiller afin que le bon conseil qui fait parti des actes de bien ne se transforme pas en péché.

Ce Hadith, dit Ibn Battal, indique que le bon conseil peut être appelé "pratique religieuse" (din) et islam et que le mot "pratique religieuse " se dit aussi bien d'une action que d'une parole. Ibn Battal ajoute que le bon conseil est un devoir de stricte obligation (fard kifaya) qui entraîne une récompense pour qui s'en acquitte, mais qui n'incombe pas aux autres.

Le bon conseil est relatif, il faut que le croyant puisse l’exécuter, c’est-à-dire que celui qui donne le conseil sache que la personne conseillée va l’accepter et l’exécuter, tout en restant à l’abri des péchés. Certains pensent, en effet, que dans le cas où l’on redoute un dommage, on est libre de donner ou pas ce conseil. Mais Dieu sait mieux.

Enfin, il y a ce Hadith d ’après Abou Hourayrah, que Dieu l’agrée, le Messager de Dieu a dit ce qui signifie :

« Les droits du Musulman sur le Musulman sont au nombre de six ». On lui demanda :

Quels sont-ils ô Messager de Dieu ? Il répondit :

« Lorsque tu le rencontres, tu lui passes le salam ;

lorsqu’il t’invite, tu réponds à son invitation ;

s’il te demande un conseil, tu le conseilles ;...».

Il est donc requis de donner un conseil à son frère musulman si ce dernier le lui demande. Il faut garder à l'esprit qu'on ne demande pas un conseil, ou un avis, à n’importe quelle personne, mais à un musulman raisonnable, cultivé, attaché à sa religion et pieux. De même, tout le monde n'étant pas capable de répondre, il vaut mieux se renseigner ou se taire si on n'est pas sûr de sa réponse.

On peut penser que "cette restriction" - donner un conseil seulement quand on nous le demande - s'applique en fait aux affaires profanes de la religion comme prendre une femme, ...Et que dans le Hadith numéro 7 choisit par Nawawi, le bon conseil serait obligatoire, dans l'absolu, pour tout ce que se rapporterait au domaine religieux qui a un caractère obligatoire pour tout musulman (fard ayn). Mais c'est Dieu qui sait tout cela parfaitement.

 

Conclusion

 

Si cette orientation de l’islam sunnite orthodoxe est facile à comprendre, en revanche adopter une attitude raisonnable reste assez laborieuse dans la pratique.

Il faut notamment que celui qui donne la nasiha et celui qui la reçoit fassent des efforts : avoir une bonne intention l'un pour l'autre, envers Dieu et son prophète, un peu d'adab et de la patience.

Il faut conseiller pour l'amour d'Allah sans aucune intention de mettre à nu les faiblesses d'autrui, ni de chercher à montrer sa supériorité sur lui en savoir ou en considération. Il faut que celui qui est conseillé sache accepter les conseils de son frère sans que la vanité ne l'emporte au point de ne plus les accepter.

Le prophète a dit :

"L'homme atteind par sa bonne éducation le degré de celui qui prie à jeun."

"La douceur ne se trouve en quelque chose sans qu’elle l’embellisse"

"Voulez vous que je vous indique celui qui sera préservé du feu? Celui qui est aimable, indulgent, doux et accomodant."

En considérant la diversité des personnalités et des situations, conseiller autrui est probablement l'une des pratiques de l'islam les plus délicates à réussir pour le croyant, la plus part des gens ont plutôt l'habitude de donner des ordres d'une manière sèche et carré, c'est sans doute pourquoi le prophète accorde tant de mérite à celui qui sait être doux, indulgent, aimable, patient... car l'islam encourage tout ce qui permet de resserer et d'améliorer les liens familiaux et fraternels et donc de garder la cohésion de la communauté.

Cette difficulté se constate dans la réalité où l'on se trouve souvent face à deux extrêmes avec d'un côté l’attitude réfléchie et mesurée d’une partie des croyants jusqu’à l’exagération parfois (laxiste), et celle plus courageuse, mais intransigeante (sectaire) d’une autre partie, ce qui provoquent l’éclatement de la communauté.  

Sources:

Char'h des 40 Hadîth par ibn Dalik al 'id

Char'h Nawawi

Char'h des 40 Hadîth par Al-'Uthaymîn

Notes :

(*) Qui a le droit d'interpréter le Qur'âne (Tafsir ou Ta'wil) ?

Que la paix et les bénédictions d'Allah soient sur le prophète Mohammad, celui qui a tenu sa promesse, le confident. Ô Allah nous ne savons que ce que Tu nous as appris, c’est Toi qui détiens la science. Ô Allah apprend nous ce qui nous apportera du bien et fais nous profiter du bien de ce que Tu nous as appris et augmente nos connaissances. Et embelli le bien à nos yeux et aide nous à le suivre. Et enlaidi le mal à nos yeux et aide nous à nous en détourner. Et mets nous parmi ceux qui écoutent la parole et suivent les meilleures d’entre elles. Et fais de nous tes bons adorateurs par Ta miséricorde.

Gloire à Toi Seigneur, que Tes louanges soient célébrées, j'atteste qu'il n'y a de divinité que Toi, j'implore Ton pardon et je reviens vers Toi repentante.

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