Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux, Louanges à Allah.
Racisme contre l'islam
Qui se voile (la face) ?
La question du "foulard islamique" agite beaucoup la classe... politique. Mais, comme d’habitude, on ne demande pas au citoyen de base de dire ce qu’il en pense.
Allez, tiens, je me dévoue !
Et mettons tout de suite les pieds dans le plat : je ne comprends pas en quoi et pour qui il est gênant que des jeunes filles musulmanes portent un voile ou un foulard à l’école.
Quand j’étais adolescent, je n’ai jamais été gêné que des camarades de classe portent une croix autour du cou ou une calotte sur la tête, ou un boubou bariolé. À Pithiviers (Loiret), dans les années 70, au Lycée Denis-Poisson, certains de mes condisciples africains portaient des vêtements qu’ils avaient rapportés de chez eux. Est-ce que ça gênait quelqu’un ? Non. Enfin si, ça devait gêner ceux qui auraient préféré ne pas voir de lycéens africains au lycée blanc de Pithiviers.
Aujourd’hui, est-ce qu’en tant que père de famille, je suis gêné que mes enfants aillent en classe avec des camarades qui portent un foulard sur la tête ? Non. Le foulard, le voile est sans doute un signe d’appartenance religieuse, mais l’appartenance religieuse des autres ne me porte aucunement ombrage à partir du moment où on ne me l’impose pas. Et je sais qu’il en faut plus que ça pour endoctriner mes enfants. La démocratie, il me semble, ça consiste à accepter que l’autre soit différent. Et une manière de montrer qu’on est différent, c’est de s’habiller comme on veut. Je croise souvent dans la rue des adolescentes portant des vêtements beaucoup plus provocateurs qu’un foulard... Qu’on ne me fasse pas croire qu’elle ne les portent pas au lycée.
Sous la pression d’une poignée de bien-pensants, le gouvernement envisage de légiférer, mais jusqu’à présent, je n’ai entendu personne m’expliquer clairement ce qu’il y avait de dangereux ou d’ " anti-républicain " (puisque c’est le terme qui revient souvent) dans le fait de laisser une adolescente porter un foulard en classe. Le foulard ne l’empêche pas d’entendre, il me semble ? Il ne l’empêche pas de voir ! Il ne l’empêche pas de penser. Si elle travaille, si elle ne trouble pas la classe, en quoi cela serait-il gênant ? Est-ce que ça gêne les adolescents ou seulement les adultes (et, surtout, les politiciens ?)
Essayons de comprendre ce qui se cache sous ce foulard (ou plutôt sous l’idée de foulard ficelée dans la tête de ceux qui en font tout un foin) :
Le foulard est-il gênant parce qu’il est le signe de la religion musulmane ?
Certes, les Français ont peur de l’Islam depuis les Croisades, en passant par Poitiers (732) et leurs relations avec la population algérienne entre 1830 et 1962 n’ont pas vraiment amélioré les choses. Ça n’a pas empêché la France le jour venu, quand ses intérêts le lui dictaient, d’envoyer des soldats musulmans au casse-pipe et de passer avec des pays musulmans producteurs de pétrole des contrats juteux.
Par ailleurs, les centaines de milliers de citoyens français musulmans - qui ont droit à leur émission de télé le dimanche matin - ne passent pas, que je sache, leur temps à convertir les citoyens d’autres confessions. Alors, comme le foulard n’est pas plus une arme de conversion massive qu’une croix autour du cou... ça ne doit pas être l’Islam en soi qui gêne.
Le foulard inquiète-t-il parce qu’il peut cacher une terroriste (ou une bombe) ?
Pendant la guerre d’Algérie (sur laquelle il est toujours interdit de dire certaines choses...) les soldats français ôtaient de force leurs voiles aux femmes algériennes parce qu’elles étaient soupçonnées... de cacher des bombes dessous ! (authentique) Si l’on soupçonne les jeunes filles portant foulard dans les lycées français d’être des terroristes en puissance, il vaudrait mieux se méfier aussi des garçons qui roulent en scooter trafiqué, qui skatent et qui rappent, car ce sont probablement tous de futurs incendiaires de voitures.
Le foulard indispose-t-il parce qu’il est le signe d’un traitement infâmant infligé à la femme qui le porte ?
Certain(e)s, affirment, sans aucune hésitation, que la jeune femme voilée est aliénée par sa famille et/ou par sa religion. C’est peut-être vrai, mais l’est-elle plus que la jeune femme qui porte une croix autour du cou, une jupe plissée et un chemisier boutonné et à qui on interdit la contraception et les relations sexuelles hors de la procréation ? Le catholicisme (bien pensant ou non) n’a pas toujours été, et de loin, une religion bienveillante avec les femmes et leur sexualité...
D’autre part, si une jeune femme porte le voile contrainte et forcée, n’est-ce pas à elle, d’abord, de le dire, et non à d’autres de le deviner ou de le décider à sa place ?
Qui sait ce qui se passe dans la tête d’un individu ? Qui a le droit de parler en son nom ? Les enseignants, les directeurs de collège ou de lycée, les politiciens et les féministes sont-ils les mieux placés pour juger de l’ "aliénation" d’une adolescente, selon qu’elle porte un foulard, du rouge à lèvres, un piercing, un tatouage, un string qui dépasse de son pantalon ou un T-shirt sans rien dessous ? Non, bien sûr.
Mais en France, aujourd’hui, tous les adultes en "position d’autorité" (définition qui désigne aussi bien les politiciens, les enseignants, les médecins ou les responsables de chaîne télévisée, et la liste n’est pas exhaustive, hélas) affirment savoir ce qui est bon pour ceux qu’ils contemplent depuis leur hauteur.
Je ne suis pas d’accord. Je ne l’étais pas quand j’étais adolescent. Je ne le suis toujours pas.
Une adolescente (ou une femme adulte) qui choisit de porter le voile n’est pas nécessairement (comme on le sous-entend facilement) une décérébrée ou une victime de lavage de cerveau - ou alors, tous les individus qui portent un signe d’appartenance le sont...
Nul n’a le droit de décider arbitrairement qui est "aliéné" et qui ne l’est pas. Et, en admettant que cette "aliénation" existe, on n’aide pas à quelqu’un à en sortir en lui faisant subir une violence supplémentaire.
L’adolescente portant le foulard a peut-être (et même sûrement) quelque chose à nous dire sur ce qu’elle croit ou pense et sur la manière dont la société française la traite. Elle peut sûrement nous apprendre des choses que nous ne comprendrons pas tant que nous ne chercherons pas à les entendre de sa bouche.
L’empêcher de porter son voile (sous quelque prétexte que ce soit), c’est lui interdire, implicitement, d’affirmer ses croyances ET de questionner les croyances ou convictions qu’affichent ou n’affichent pas les autres adolescents. Bref, c’est lui interdire, comme c’est trop souvent le cas dans nos lycées, une expression toute personnelle et pire, laisser entendre que ce qu’elle montre d’elle-même est "républicainement incorrect".
Mais qui décide de ce qui est "correct" ???
Le port du foulard va-t-il à lui seul déstabiliser l’école publique française ?
On rirait si ça n’était pas sinistre. Il en faut plus que ça pour ébranler une institution si lourde que plusieurs gouvernements successifs ne sont pas parvenus à la réformer. Alors quelques dizaines de jeunes filles voilées, quelle blague !
Il ne faudrait pas non plus inverser les rôles et confondre les responsabilités. Même si les élèves ont des obligations envers l’école, l’école républicaine dont on nous rebat les oreilles a aussi des obligations envers les élèves. Et la première est de traiter tout le monde de la même manière. Et non de mettre tout le monde au pas. Quand j’entends proposer l’interdiction du foulard, j’ai le désagréable sentiment que ça veut surtout dire : " Je ne veux voir qu’une seule tête " (sans rien dessus et avec toujours les mêmes choses dedans, si possible).
C’est d’autant plus scandaleux que le foulard, encore une fois n’est ni un bâton de dynamite, ni un instrument de conversion collective et que, quoi qu’en disent les adultes, les adolescents sont assez grands pour débattre des symboles.
On laisse souvent entendre qu’ils ne sont pas mûrs pour penser en adultes (comme si tous les adultes étaient des parangons de réflexion !...) mais ils parlent, ils discutent, ils échangent, au sujet de la croix qu’on porte autour du cou ou de la kippa qu’on porte sur la tête, ou de la communion qu’on a faite à l’église, ou du jeûne qu’on respecte parce que ça fait partie de ses racines culturelles propres.
Ou bien - et c’est encore plus sain - ils ignorent tout ça et parlent de choses qui leur paraissent plus importantes, comme la vie, l’amour, la mort, la corruption, les incohérences des adultes et les règles absurdes que ceux-ci voudraient leur imposer alors qu’ils ne les respectent pas eux-mêmes !!!
Il faut être un adulte obtus pour penser qu’un signe résume une pensée ou un comportement à lui seul et c’est vraiment prendre les adolescent(e)s pour des demeuré(e)s que suggérer que la présence de filles voilées risque de les "perturber" ou d’être dangereuse.
Si tel devait être le cas, pourquoi ne pas aussi interdire aux adolescent(e)s gays de parler de leur homosexualité, pendant qu’on y est ? Des fois qu’ils donnent des idées aux hétérosexuels ? ? ? Et les enfants qui gardent une casquette ou un foulard sur la tête à cause de leur chimiothérapie, on va leur demander un certificat médical ? Les tatouages et piercings sont très courants chez les toxicomanes. Est-ce qu’on va prohiber tatouages et piercings pour éviter à ceux qui les portent de devenir toxicomanes ? Et avons-nous donc déjà oublié qu’on a voulu, naguère, exclure des écoles des enfants séropositifs ?
Il y a quelques années, il était politiquement hautement correct de porter un Touche pas à mon pote ! épinglé au revers de sa veste. Où sont donc passés ceux qui arboraient fièrement ces épinglettes au risque de se castagner avec les intolérants racistes ?
S’il ne menace pas l’école, le foulard peut-il vraiment menacer la République tout entière ?
J’en doute. En revanche, il menace indubitablement le petit confort "moral" et visuel des parents et des enseignants qui veulent voir dans leurs cours d’écoles des adolescents sans signe distinctif. Monumentale erreur : l’adolescence est un âge de la vie où l’on cherche à affirmer qui l’on est. Encore faut-il se souvenir avoir été adolescent pour y penser, et beaucoup trop d’adultes ont la mémoire très, très courte !!!
La véritable tolérance consiste à ne jamais résumer un individu à ses signes distinctifs. Réduire les jeunes filles et les femmes voilées à leur seul voile, ce n’est pas seulement intolérant, c’est un manque d’intelligence insondable. Dans un pays qui se targue d’être le plus intellectuel au monde, ça fait tache !!!!
On ne règle pas un problème en mettant un rideau devant ou en le glissant sous le tapis. On ne fait pas progresser la tolérance en étant bêtement intolérant.
Le foulard ne représente pas l’intolérance, la peur irrationnelle et les refoulements de celles qui le portent, mais de ceux qui veulent le faire disparaître !
Je suis citoyen et père de famille, j’attends que l’école accueille tout le monde, sans considération de croyance religieuse, d’habillement, de préférence sexuelle ou de convictions politiques.
J’attends d’une école démocratique qu’elle soit celle de tous les citoyens. Je refuse que l’école "républicaine" empêche qui que ce soit d’exprimer ce qu’il est. Stigmatiser des adolescentes en leur interdisant de porter un foulard sur la tête alors qu’on tolère - bien obligé ! - les piercings, les tatouages, les cheveux verts, les jeans troués et la consommation de cigarettes dans l’enceinte des lycées, c’est hypocrite et indéfendable.
Le désir d’interdire le voile masque au fond une grande peur et une grande intolérance à l’égard des adolescents et de leur volonté d’exister envers et contre les conventions qu’on voudrait leur imposer.
Ceux qui sont gênés par le foulard aujourd’hui, s’ils obtiennent satisfaction, se tourneront plus tard vers d’autres cibles. Après le foulard, ce sera le tour des comportements qu’il ne faut pas avoir, des convictions qu’il ne faut pas exprimer, des blessures qu’on ne doit pas montrer, des mots qu’il ne faut pas dire, et surtout des critiques qu’on ne doit pas formuler.
L’honneur d’un pays démocratique consiste à accueillir tout le monde. Sans discrimination. (1) Et si les jeunes femmes porteuses d’un foulard avaient vraiment besoin qu’on leur donne des leçons, la meilleure leçon à leur donner serait précisément l’exemple d’une école qui ne pratique aucune ségrégation .
A mon humble avis, ceux qui ont besoin d’une leçon - de tolérance et d’humilité - ne sont pas celles qui portent un foulard, mais ceux qui se voilent la face pour ne pas voir à quel point leurs propres préjugés sont laids.
Marc Zaffran (patronyme dérivé d’un mot hispano-judéo-arabe signifiant "safran"...)
alias Martin Winckler
PS : J’ai lu quelquepart que le projet de loi sur la laïcité à l’école prévoit une interdiction des signes religieux visibles qui ne concernerait pas les établissements scolaires privés sous contrat et ne remettrait pas en cause les régimes spécifiques qui prévalent actuellement en Alsace-Moselle et dans certaines collectivités d’outre-mer.
Ah, bon ? Alors, la République n’est pas la même partout ? C’est bizarre, ne trouvez-vous pas ? Pourquoi ce qui est valable en Alsace-Moselle ne serait-il pas valable ailleurs ? Quelle est la particularité de l’Alsace-Moselle ? Qu’est-ce qu’on fera des adolescentes portant le voile en Alsace-Moselle ? Si quelqu’un le sait, merci de nous l’expliquer.
source : martinwinckler.com